« Il ne prononce pas un mot sans qu’un gardien vigilant ne soit auprès de lui. »
(Sourate Qâf, 50:18)
Introduction
Jamais dans l’histoire de l’humanité la parole n’a circulé aussi vite, aussi loin, et avec autant d’impact qu’à notre époque. Ce que l’homme écrivait hier à la plume se propage aujourd’hui à la vitesse de la lumière. Les réseaux sociaux, vitrines du monde moderne, sont devenus les nouveaux miroirs où les âmes se contemplent, où les intentions se révèlent, et où les cœurs s’éprouvent.
Pourtant, le croyant n’est pas un simple spectateur du monde numérique : il y chemine avec la lumière du Coran, cherchant à distinguer ce qui nourrit son âme de ce qui la corrompt.
Le Prophète ﷺ a dit :
« Celui qui croit en Allah et au Jour dernier, qu’il dise du bien ou qu’il se taise. »
(Rapporté par al-Bukhari et Muslim)
Cette parole prophétique, d’une concision miraculeuse, résume à elle seule la charte du musulman sur les réseaux sociaux : parler avec bienfaisance ou s’abstenir.
I. L’impact de ce que nous publions sur les autres
« Allah ne change pas l’état d’un peuple tant qu’ils ne changent pas ce qui est en eux-mêmes. »
(Sourate ar-Ra‘d, 13:11)
Chaque publication, chaque mot, chaque image déposée sur une page virtuelle laisse une trace dans le cœur des autres. Le Coran nous enseigne que la parole est une semence :
« N’as-tu pas vu comment Allah propose en parabole une bonne parole pareille à un bon arbre, dont la racine est ferme et la ramure s’élève dans le ciel ? »
(Sourate Ibrâhîm, 14:24)
Ainsi, une publication sincère, bénéfique, guidée par la foi, peut devenir un arbre de lumière, portant des fruits longtemps après que le message a été partagé.
Mais inversement, une parole insouciante, une moquerie, une image indécente ou une calomnie peuvent être comparées à :
« Une mauvaise parole pareille à un mauvais arbre déraciné de la surface de la terre, et qui n’a point de stabilité. »
(Sourate Ibrâhîm, 14:26)
L’ère numérique amplifie la responsabilité morale : le clic anodin devient parfois une cause de guidance ou de perdition pour des milliers d’âmes.
II. La véracité de ce que nous partageons
« Ô vous qui avez cru ! Si un pervers vous apporte une nouvelle, vérifiez, de peur que par inadvertance vous ne portiez atteinte à des gens et que vous ne regrettiez ensuite ce que vous avez fait. »
(Sourate al-Ḥujurât, 49:6)
Ce verset, révélé à Médine, pourrait être lu aujourd’hui comme une mise en garde directe contre la désinformation virale, les rumeurs en ligne et les partages impulsifs.
Le croyant ne relaie pas sans savoir. Il ne juge pas sans preuve. Il ne partage pas sans intention pure.
Le Prophète ﷺ a averti :
« Il suffit à l’homme comme mensonge de rapporter tout ce qu’il entend. »
(Rapporté par Muslim)
L’éthique du partage numérique est donc une application contemporaine du fiqh de la langue — le fiqh al-lisân. Dans l’ombre de chaque “partage” se cache une question de responsabilité spirituelle : “Ce que je transmets plaît-il à Allah ou nourrit-il le chaos (fitna) ?”
III. La compatibilité du contenu avec les valeurs islamiques
Les réseaux sociaux sont un miroir du cœur. Ce que l’on y montre révèle souvent ce que l’on chérit intérieurement.
Allah ﷻ dit :
« Il connaît la trahison des regards et ce que les poitrines cachent. »
(Sourate Ghâfir, 40:19)
Publier pour impressionner, rechercher les “likes”, afficher sa beauté, sa richesse, ou sa supériorité… tout cela peut devenir un terrain fertile pour l’orgueil, la vanité et l’amour de la dounyâ.
Le Prophète ﷺ a dit :

« Celui qui exhibe ses œuvres pour être vu, Allah les exposera ; et celui qui les accomplit pour être entendu, Allah les dévoilera. »
(Rapporté par Muslim)
La femme croyante, comme l’homme, se souvient des recommandations divines :
« Ô femmes du Prophète ! Vous n’êtes comparables à aucune autre femme… Restez dans vos foyers et ne vous exhibez pas à la manière de l’ancienne ignorance. »
(Sourate al-Ahzâb, 33:32–33)
Ce verset n’interdit pas la présence numérique des femmes, mais appelle à la pudeur du cœur et du regard, à une attitude digne, respectueuse, centrée sur la connaissance et la bienfaisance, non sur la séduction ou la mise en scène de soi.
IV. La spiritualité face au miroir numérique
Ibn al-Qayyim, dans al-Fawâ’id, rappelait que « la langue est le miroir du cœur ».
À notre époque, le mur Facebook, le fil Instagram ou le tweet sont devenus la prolongation de cette langue. Ce que nous écrivons révèle ce que nous sommes, ce que nous aimons, et ce que nous craignons.
Le croyant sincère utilise ces moyens comme des outils de da‘wah, non des instruments de distraction. Il diffuse la beauté du Coran, partage la sagesse des savants, et invite à la réflexion et à la bonté.
Section pratique : Comment vivre les réseaux sociaux à la lumière du Coran
- Avant de publier, pose-toi trois questions :
- Ce que je vais dire est-il vrai ?
- Est-ce utile ?
- Est-ce que cela plairait à Allah ?
- Rappelle-toi que chaque mot est enregistré :
« Il ne prononce pas un mot sans qu’un gardien vigilant ne soit auprès de lui. » (50:18)
- Utilise les réseaux comme un moyen de bien :
Partage un verset, un rappel, un sourire sincère, une œuvre utile. Fais de ton compte une waqf numérique — un legs spirituel pour ton au-delà. - Fuis la vanité :
L’exhibition de soi, la recherche de reconnaissance, ou la comparaison constante sont des poisons du cœur. Préfère la sincérité silencieuse à la popularité éphémère. - Rappelle-toi que l’écran n’est qu’un miroir :
Ce que tu montres au monde, c’est ce que ton âme contemple. Purifie-la avant d’appuyer sur “Publier”.
Invitation à la réflexion
Ô lecteur, toi qui parcours ces lignes, souviens-toi : le Coran n’est pas un livre du passé, mais un guide pour ton présent. Il éclaire même les sentiers virtuels de ce siècle.
Lis-le. Médite-le. Découvre comment il te parle dans ce que tu postes, ce que tu vois et ce que tu ressens.
Le Coran est une lumière pour celui qui cherche la vérité, un miroir pour celui qui s’examine, et un refuge pour celui qui veut purifier son cœur.
« C’est un Livre béni que Nous avons fait descendre vers toi, afin qu’ils méditent sur ses versets et que les doués d’intelligence réfléchissent. »
(Sourate Ṣâd, 38:29)
