Introduction
Le Coran, parole divine révélée au prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui), constitue un phénomène unique dans l’histoire de l’humanité. Au-delà de son contenu spirituel et législatif, il se distingue par une caractéristique remarquable : sa facilitation, ou taysir en arabe. Cette facilitation, mentionnée à plusieurs reprises dans le texte sacré lui-même, représente non seulement une preuve de son origine divine, mais aussi un guide méthodologique pour ceux qui étudient la langue arabe.
Le Concept du Coran
Étymologie et significations
Le terme « Coran » (Qur’an en arabe) tire son origine de la racine qara’a, qui possède plusieurs acceptions :
La lecture et la récitation : C’est l’interprétation privilégiée par de nombreux savants, dont l’imam al-Tabari. Le Coran désignerait ainsi l’acte même de lire et de réciter la parole divine. Cette interprétation trouve son fondement dans le verset : « C’est à Nous de le réunir [dans ton cœur] et de le faire réciter » (Sourate al-Qiyama, 75:17).
Le rassemblement : Selon d’autres érudits, le terme renvoie à l’idée de réunir et de rassembler. Le Coran serait ainsi nommé parce qu’il réunit en lui les sourates et les versets, formant un tout cohérent et harmonieux.
L’énonciation : Une troisième interprétation propose que le terme signifie « prononcer » ou « énoncer », soulignant ainsi la dimension orale de la révélation.
Définition savante
Les érudits musulmans définissent le Coran comme étant « la parole de Dieu révélée au prophète Muhammad, transmise de manière continue (mutawatir), miraculeuse, consignée dans les masahif (exemplaires du Coran), et dont la récitation constitue un acte d’adoration. »
La Facilitation du Coran : Un Verset Répété
L’énoncé coranique
Le verset central de cette réflexion se trouve dans la sourate al-Qamar (La Lune) : « Et certes, Nous avons rendu le Coran facile pour la méditation. Y a-t-il quelqu’un pour réfléchir ? » (54:17, 22, 32, 40).
Cette phrase se répète quatre fois dans la même sourate, soulignant l’importance capitale de ce message divin. Elle s’articule autour de trois dimensions essentielles :
Les trois dimensions de la facilitation
1. La facilitation lexicale
Les mots du Coran ont été soigneusement choisis pour leur clarté, leur beauté et leur précision. Chaque terme occupe sa place idéale dans la structure de la phrase, créant une harmonie qui facilite la mémorisation et la compréhension. Les termes sont :
- Éloquents et adaptés à leur contexte
- Doux et encourageants dans les passages de bonnes nouvelles
- Fermes et avertisseurs dans les passages d’avertissement
- Exemples de toute lourdeur ou obscurité rebutante
2. La facilitation stylistique
Le style coranique se caractérise par une éloquence inégalée, fruit de plusieurs éléments :
- L’harmonie des mots et leur agencement rythmique
- La beauté des images évoquées et la profondeur des métaphores
- L’absence de contradictions et de redondances inutiles
- La capacité à toucher simultanément le cœur, l’esprit et les émotions
- Une accessibilité pour tous les niveaux d’éducation
Cette excellence stylistique explique pourquoi, contrairement aux autres livres sacrés, le Coran est si largement mémorisé. Des enfants du monde entier parviennent à en apprendre l’intégralité, phénomène unique dans l’histoire des textes religieux.
3. La facilitation du sens
Les significations coraniques sont rendues accessibles grâce à :
- Des arguments rationnels convaincants
- Une sagesse psychologique profonde
- Un équilibre entre concision et développement selon les besoins
- Une conformité avec la nature humaine (fitra)
- Une prise en compte du contexte de la communauté qui l’a reçu
Le contexte de révélation : une communauté ummiyya
L’importance de la simplicité
Le Coran a été révélé à une communauté majoritairement illettrée, les Arabes ummiyyun. Le Prophète lui-même a dit : « Nous sommes une communauté illettrée, nous ne calculons pas et nous n’écrivons pas » (hadith authentique). Cette réalité est mentionnée dans le Coran : « C’est Lui qui a envoyé à des gens sans Livre un Messager des leurs » (Sourate al-Jumu’a, 62:2).
L’imam al-Shatibi, dans son ouvrage al-Muwafaqat, souligne que cette caractéristique de la sharî’a (législation islamique) la rend plus adaptée à la préservation des intérêts humains. La compréhension des commandements et interdictions divins ne nécessite pas une expertise approfondie dans les sciences cosmiques, rationnelles ou mathématiques.
Contenu universel et accessible
Le Coran embrasse tous les aspects de l’existence humaine :
- Les croyances fondamentales (‘aqa’id)
- Les principes des transactions (mu’amalat)
- Les règles de conduite (adab)
- Les récits historiques (qisas)
- Les exhortations et encouragements
- Les promesses de récompense et les avertissements
Cette richesse thématique, combinée à une expression claire, permet au Coran de toucher les cœurs, d’influencer les esprits et de guider les comportements.
Une répétition significative dans la sourate al-Qamar
Structure remarquable
La sourate al-Qamar présente une structure fascinante où deux phrases se répètent chacune quatre fois :
- « Et certes, Nous avons rendu le Coran facile pour la méditation. Y a-t-il quelqu’un pour réfléchir ? »
- « Comment furent Mon châtiment et Mes avertissements ? »
Ces répétitions encadrent quatre récits de peuples détruits :
- Le peuple de Noé, anéanti par le déluge (versets 9-16)
- Le peuple de ‘Ad (Hûd), détruit par un vent violent (versets 18-21)
- Le peuple de Thamoud (Salih), frappé par un cri terrible (versets 23-31)
- Le peuple de Loth, puni par une pluie de pierres (versets 33-39)
Une interpellation directe
L’expression « Y a-t-il quelqu’un pour réfléchir ? » (fa-hal min muddakir) constitue une invitation pressante. Le terme muddakir provient de la racine dhikr (rappel, mémoire) et signifie :
- Celui qui médite et tire des leçons
- Celui qui se détourne des péchés après réflexion
- Celui qui mémorise le Coran et le garde présent dans son esprit
- Celui qui se laisse guider par ses enseignements
Il s’agit d’un appel à l’action, pas d’une simple question rhétorique. Dieu incite les croyants à profiter de cette facilitation qu’Il a mise dans Son Livre.
Le Coran comme miracle linguistique
Le défi inégalé
La facilitation du Coran n’enlève rien à son caractère miraculeux (i’jaz). Au contraire, elle en fait partie intégrante. Le Coran défie l’humanité de produire ne serait-ce qu’une sourate semblable, défi qui demeure non relevé depuis quatorze siècles.
Cette accessibilité miraculeuse se manifeste dans :
- La perfection de l’expression malgré la simplicité apparente
- L’absence de contradictions dans un texte révélé sur 23 ans
- La profondeur des significations sous une surface limpide
- L’adaptation à tous les publics et toutes les époques
- La capacité à rester mémorisable génération après génération
Protection divine
Le Coran lui-même affirme sa préservation : « En vérité, c’est Nous qui avons fait descendre le Rappel, et c’est Nous qui en sommes gardien » (Sourate al-Hijr, 15:9). Cette préservation s’accomplit notamment par :
- La facilitation de sa mémorisation
- La continuité de sa transmission orale intacte
- La présence constante de communautés de mémorisateurs (huffaz)
- L’attachement des musulmans à sa récitation parfaite
Implications méthodologiques pour l’étude de la langue arabe
Un modèle linguistique
Le Coran constitue une référence absolue pour les linguistes et grammairiens arabes. Sa facilitation offre un modèle méthodologique pour l’apprentissage et l’enseignement de la langue :
Basé sur l’usage majoritaire : Les grammairiens construisent leurs règles sur les formes les plus courantes dans le Coran, reconnaissant ainsi que la facilitation divine privilégie ce qui est commun et accessible.
Les lectures coraniques comme preuve : Les différentes lectures authentiques (qira’at) du Coran servent de références dans les débats grammaticaux, montrant la richesse et la flexibilité de la langue arabe tout en maintenant sa cohérence.
Simplicité et profondeur : Le Coran démontre qu’excellence linguistique ne rime pas avec complexité inutile. La vraie maîtrise consiste à exprimer des idées profondes de manière accessible.
Un héritage vivant
Contrairement aux langues classiques qui deviennent figées, l’arabe coranique reste vivant grâce à :
- La récitation quotidienne par des millions de musulmans
- L’étude continue de ses subtilités grammaticales
- Son rôle dans l’unification linguistique du monde arabe
- Sa capacité à inspirer la production littéraire moderne
Conclusion
La facilitation du Coran représente bien plus qu’une simple accessibilité textuelle. Elle constitue une manifestation de la miséricorde divine, un aspect de son caractère miraculeux, et un guide méthodologique pour tous ceux qui s’engagent dans l’étude de la langue arabe.
Le fait que ce message soit répété quatre fois dans la sourate al-Qamar, encadrant des récits d’avertissement, souligne l’importance que Dieu accorde à cette facilitation. C’est une invitation permanente à chaque génération : le Coran est là, accessible, compréhensible, mémorisable. Il suffit de tendre la main vers lui avec sincérité.
Pour les musulmans, cette facilitation est un don précieux qui leur permet de se connecter directement à la parole de leur Créateur. Pour les linguistes et les amoureux de la langue arabe, elle offre un modèle inégalé d’éloquence alliée à la clarté. Et pour l’humanité entière, elle témoigne de la sagesse d’un message universel, intemporel, qui continue de guider les cœurs et les esprits vers la vérité.
Comme le demande le Coran lui-même : « Y a-t-il quelqu’un pour réfléchir ? » La réponse appartient à chacun de nous.
Article inspiré de l’étude académique d’Ibrahim Rafida sur le Centre Tafsir pour les Études Coraniques https://tafsir.net/article/5646
