Dans le paysage intellectuel contemporain, la notion de liberté est souvent brandie comme un absolu déconnecté de toute transcendance. Pourtant, une analyse approfondie des sciences islamiques révèle une perspective où la liberté n’est pas une fin en soi, mais un moyen d’atteindre l’excellence humaine par la reconnaissance de notre condition de créature. Cette thèse explore la conciliation entre l’autonomie de la volonté et la soumission au Créateur.
I. Les Fondements Conceptuels : Entre Droit Naturel et Don Divin
La divergence entre les pensées occidentale et islamique commence dès la définition du référentiel de la liberté.
- La Perspective Occidentale : Elle repose majoritairement sur la théorie du « droit naturel », qui considère que l’individu possède des droits inaliénables par sa seule condition humaine. Ici, la raison et les sens sont l’autorité suprême, menant souvent à une forme de sacralisation de l’homme au détriment du divin.
- La Perspective Islamique : À l’inverse, en Islam, la liberté est perçue comme une « منح إلهية » (don divin). Son référentiel n’est pas l’état de nature, mais la Révélation et la Charia, qui définissent les droits et les devoirs de l’homme en tant qu’être honoré par son Créateur.
Linguistiquement, le terme arabe Al-Hurriyya ne signifie pas seulement l’absence d’esclavage, mais désigne également ce qui est pur de tout défaut ou imperfection. Ainsi, être libre, c’est tendre vers une perfection qui ne peut s’accomplir qu’en lien avec le Divin.
II. Le Statut de l’Individu : Lieutenant (Khalifa) et non Souverain Absolu
L’Islam confère à l’être humain une dignité exceptionnelle, mais celle-ci est encadrée par sa mission terrestre.
- L’Honneur et la Lieutenance : Le Coran affirme : « Certes, Nous avons honoré les fils d’Adam » (Sourate Al-Isra, v. 70). L’homme est établi comme vicaire ou lieutenant sur terre (Khalifa). Sa liberté est donc une liberté de gestion et d’action déléguée, visant à réaliser la justice et l’adoration.
- La Responsabilité : Contrairement à la vision de certains philosophes comme Sartre, qui voient en l’homme un créateur de ses propres valeurs sans lien avec une nature préétablie, l’Islam considère que l’homme n’est pas laissé « ُسًدى » (sans but). Chaque acte libre est assorti d’une responsabilité devant Dieu.
III. La Conciliation : La Servitude comme Forme Suprême de Liberté
Le cœur de la thèse islamique réside dans ce paradoxe apparent : plus l’homme se fait serviteur de Dieu, plus il devient libre.
- Libération des Passions (Al-Hawa) : La véritable servitude, selon les érudits, est celle du cœur envers ses propres désirs ou envers d’autres créatures. Le Coran met en garde contre celui qui prend sa passion pour sa propre divinité (Sourate Al-Jathiyah, v. 23). En se soumettant à Dieu, l’individu se libère de l’esclavage des richesses, du pouvoir et des instincts primaires.
- La Servitude de Choix : La liberté consiste à choisir volontairement d’adorer Dieu, ce qui est la raison d’être de l’humanité : « Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils M’adorent » (Sourate Ad-Dhariyat, v. 56). C’est une servitude d’honneur et de distinction.
- L’exemple Prophétique : Le titre le plus élevé attribué au Prophète Muhammad dans le Coran est celui de « َعْبِدِه » (Son serviteur), notamment lors du voyage nocturne, prouvant que la proximité divine est l’apogée de la réalisation humaine.
IV. Les Limites de la Liberté : La Charia contre le Simple « Non-Nuisance »
La divergence pratique se manifeste dans la fixation des limites :
- Le Modèle Libéral : La seule limite est de ne pas nuire à autrui. Ce cadre autorise des actes contraires à la morale religieuse (alcool, usure, etc.) dès lors qu’ils sont privés ou consensuels.
- Le Modèle Islamique : La limite est la Loi Divine. La liberté ne donne pas le droit de transgresser un interdit divin, car cela est considéré comme une nuisance envers soi-même et envers l’ordre spirituel de la société. Le croyant n’a plus de « choix » arbitraire une fois que Dieu et Son Messager ont tranché une question (Sourate Al-Ahzab, v. 36).
Conclusion
En somme, la science islamique enseigne que la liberté sans direction est un égarement. La conciliation entre liberté et servitude s’opère par la compréhension que l’homme n’est jamais plus libre que lorsqu’il brise les chaînes de son ego pour s’attacher à l’Absolu. La liberté musulmane est une autonomie vis-à-vis de la création, obtenue par une allégeance totale au Créateur.
cette article ce base sur l’oeuvre de Dr Ali Hassan al-Robi : https://www.alukah.net/books/files/book_14123/bookfile/mafhoumfreedom2.pdf
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