Justice sociale : Lumières du Coran et enseignements de la Sunna

Introduction

La justice sociale occupe une place centrale dans la révélation islamique. Elle est la manifestation de la miséricorde divine et le ciment qui unit la communauté des croyants. Ibn al-Qayyim (رحمه الله) affirmait que la sharî‘a repose sur trois piliers : la justice, la sagesse et la miséricorde, et que tout ce qui s’en éloigne n’appartient pas à son essence.

En explorant les thèmes de la zakât et de l’équité économique, de la richesse et de la pauvreté, et des droits des orphelins et des opprimés, nous découvrons une vision d’une étonnante actualité, qui éclaire les sociétés modernes et rappelle l’éternelle pertinence du Coran.


I. La zakât et l’équité économique : une solution intemporelle aux tensions sociales

La zakât est bien plus qu’un simple impôt religieux : elle est une purification de l’âme et un mécanisme social de régulation. Allah ﷻ en a défini les bénéficiaires :

« Les aumônes sont destinées aux pauvres, aux indigents, à ceux qui y travaillent, à ceux dont les cœurs sont à gagner, à l’affranchissement des esclaves, aux endettés, dans le sentier d’Allah et au voyageur en détresse. C’est un décret d’Allah, et Allah est Omniscient, Sage. »
(Sourate at-Tawba, 9:60)

Le Prophète ﷺ a précisé :

« La zakât est prélevée sur leurs riches et rendue à leurs pauvres. »
(Bukhârî, Muslim)

La zakât : sur les actifs dormants, non sur l’investissement productif

Il est fondamental de préciser que la zakât ne frappe pas indistinctement toutes les richesses. Elle concerne principalement :

  • les actifs dormants : argent épargné sans usage, or, argent, trésorerie stagnante, marchandises non utilisées, etc.
  • les biens excédentaires : au-delà de ce qui est nécessaire à la subsistance.

En revanche, les investissements productifs – comme les terres cultivées, les usines, les entreprises créatrices d’emplois – ne sont pas touchés de la même manière, car ils profitent à la société. Ce mécanisme incite donc le riche à investir ses capitaux plutôt que de les laisser immobilisés, ce qui stimule l’économie réelle, crée des emplois et réduit la pauvreté.

Les bienfaits spirituels et matériels pour le riche

La zakât n’est pas seulement un sacrifice : elle est une tazkiyah (purification) de la richesse et de l’âme. Allah ﷻ dit :

« Prélève de leurs biens une aumône par laquelle tu les purifies et les élèveras, et prie pour eux. Ta prière est une quiétude pour eux. »
(Sourate at-Tawba, 9:103)

  1. Purification de l’âme : elle délivre le cœur de l’avarice, de l’orgueil et de l’attachement excessif au monde.
  2. Purification des biens : elle protège la richesse des fléaux cachés (maladies, pertes, insatisfaction) et attire la baraka.
  3. Augmentation réelle : contrairement à l’idée que donner diminue, le Prophète ﷺ a affirmé :

« La charité n’a jamais diminué une richesse. »
(Muslim)
Celui qui donne voit ses biens bénis, fructifier et durer.

  1. Stabilité sociale : en apaisant les tensions entre classes sociales, le riche bénéficie d’un environnement plus sûr et plus harmonieux pour sa famille et ses affaires.

Une dimension contemporaine essentielle

Dans nos sociétés modernes, les écarts de richesse s’élargissent, alimentant des tensions sociales et politiques. Le capital s’accumule entre les mains de quelques-uns, tandis que des millions d’hommes et de femmes peinent à satisfaire leurs besoins essentiels.

La zakât, si elle était appliquée avec sincérité et organisation, serait une réponse puissante :

  • Un impôt juste : elle ne touche pas les revenus modestes, mais les fortunes excédentaires.
  • Un instrument de redistribution directe : les fonds collectés vont aux catégories précises définies par le Coran, évitant les abus et les inégalités.
  • Un moteur d’investissement : en taxant l’argent stagnant, elle encourage les riches à développer des projets productifs.
  • Un remède aux tensions sociétales : en réduisant les écarts, elle renforce la cohésion sociale et empêche la rancune qui nourrit la révolte.

Dans un monde marqué par les crises économiques et la méfiance envers les systèmes fiscaux, la zakât apparaît comme un modèle équilibré et intemporel, capable de concilier la prospérité individuelle et le bien commun.

II. Richesse et pauvreté : une épreuve et une responsabilité

Le Coran enseigne que la richesse et la pauvreté sont toutes deux des épreuves confiées à l’homme. Allah ﷻ dit :

« C’est Lui qui vous a faits successeurs sur terre et qui a élevé certains d’entre vous au-dessus des autres en degrés, afin de vous éprouver par ce qu’Il vous a donné. »
(Sourate al-An‘âm, 6:165)

La richesse est une bénédiction lorsqu’elle est utilisée pour le bien, mais elle devient une malédiction si elle engendre orgueil et égoïsme. Le Prophète ﷺ a averti :

« Les deux pieds de l’homme ne bougeront pas le Jour du Jugement avant d’être interrogé… sur sa richesse : d’où il l’a acquise et dans quoi il l’a dépensée. »
(Tirmidhî, hadith authentique)

Quant à la pauvreté, elle n’est pas un signe de disgrâce divine. Le Prophète ﷺ a lui-même choisi une vie de simplicité et rappelait que la patience dans l’épreuve est une voie de grandeur spirituelle.

Une lecture contemporaine

Dans le monde actuel, la pauvreté est souvent accompagnée d’humiliation et d’exclusion. Le Coran rappelle avec force que la dignité de l’homme ne réside pas dans ce qu’il possède, mais dans sa piété et son intégrité. Ce message est un contrepoids puissant aux idéologies matérialistes qui mesurent la valeur humaine uniquement à l’aune de la fortune.

Ainsi, le riche est appelé à voir dans ses biens une responsabilité, et le pauvre à se considérer digne et honoré, car l’épreuve qu’il traverse est un chemin vers Allah.


III. Les droits des orphelins et des opprimés : protéger les plus vulnérables

Parmi les catégories les plus protégées dans le Coran figurent les orphelins, dont les biens et la dignité doivent être préservés :

« Ne vous approchez des biens de l’orphelin que de la meilleure façon, jusqu’à ce qu’il atteigne sa majorité. »
(Sourate al-An‘âm, 6:152)

Le Prophète ﷺ a promis :

« Moi et celui qui prend en charge un orphelin, nous serons au Paradis comme cela » – et il joignit son index et son majeur.
(Bukhârî, Muslim)

De même, les opprimés, quels qu’ils soient, bénéficient d’une protection divine particulière. Le Prophète ﷺ a dit :

« Craignez l’invocation de l’opprimé, car il n’y a pas de voile entre elle et Allah. »
(Bukhârî, Muslim)

Une actualité brûlante

Aujourd’hui, les orphelins de guerre, les réfugiés, les déplacés et les victimes d’injustices sociales et politiques représentent des millions de vies fragiles. La justice sociale en islam nous rappelle que la force d’une société se mesure à la manière dont elle défend ses plus faibles. Elle appelle les croyants à dépasser l’indifférence et à incarner une solidarité active, à travers l’accueil, le soutien matériel et moral, et la défense des droits des opprimés.


Conclusion : Le Coran, une guidance vivante et universelle

La justice sociale, telle qu’enseignée par le Coran et la Sunna, est une invitation à bâtir une société équilibrée, digne et fraternelle. Elle n’est pas une utopie, mais une voie praticable : par la zakât, par la juste gestion des richesses, et par la protection des plus vulnérables.

Dans un monde fracturé par les inégalités, le Coran demeure une source intemporelle de lumière, qui interpelle aussi bien le riche que le pauvre, le puissant que l’opprimé. Lire le Coran et ses exégèses, c’est entrer dans une compréhension profonde de la vie, où la foi devient un moteur de justice et de paix.

Ainsi, le croyant est invité à bâtir une foi consciente, éclairée et réfléchie, qui s’incarne dans l’action et dans la défense de la dignité humaine.

Justice sociale en islam

Section pratique : Construire une justice vivante

  • S’acquitter de la zakât et de la charité : lis les versets de la sourate at-Tawba et découvre comment Allah purifie les biens par l’aumône.
  • Refuser l’accumulation stérile : le Coran interpelle : « Malheur à tout calomniateur diffamateur, qui amasse une fortune et la compte sans cesse… » (104:1-2). Lis et médite ce rappel puissant.
  • Pratiquer l’équité au quotidien : le Coran t’invite à être juste même contre toi-même (4:135). Découvre par la lecture que la justice est un acte d’adoration.
  • Défendre les opprimés : lis la sourate an-Nisâ’ et vois comment Allah appelle les croyants à secourir les faibles. Tu comprendras que la justice sociale est une mission spirituelle.