Introduction
Le Livre d’Allah est un océan de guidance où chaque verset éclaire une dimension de la vie humaine. Parmi les sujets qui touchent à l’ordre social et à la destinée des peuples, la question de la guerre, de la paix et de la coexistence occupe une place centrale. Car le Coran n’est pas seulement un texte de dévotion individuelle, mais une constitution vivante qui organise les rapports entre les hommes, éclaire leurs conflits, et ouvre devant eux les voies de la réconciliation et de la justice. Ibn al-Qayyim, qu’Allah lui fasse miséricorde, affirmait que la Révélation divine est venue pour parfaire la sagesse et établir l’équilibre, abolissant l’excès et la négligence, et guidant vers la voie médiane où l’âme trouve son salut et la société sa stabilité.
1. Les règles de guerre dans le Coran
Contrairement aux passions humaines où la guerre est souvent l’expression de la conquête et de la domination, le Coran a fixé des règles strictes et limitées. Il a d’abord affirmé que la guerre n’est jamais une finalité, mais une nécessité pour repousser l’agression. Allah dit :
« Combattez dans le sentier d’Allah ceux qui vous combattent, et ne transgressez pas. Certes, Allah n’aime pas les transgresseurs. »
(Sourate al-Baqara, 2:190)
Ce verset trace la ligne claire : le combat est défensif et proportionné. Le Prophète ﷺ recommandait à ses armées : « Ne tuez ni vieillards, ni femmes, ni enfants. Ne détruisez pas les lieux de culte. » (Ahmad, Abû Dâwûd).
Ainsi, le jihad est encadré et ses formes sont connues :
- Jihad al-daf‘ (défensif) : repousser l’agression et protéger les musulmans.
- Jihad al-talab (offensif) : lorsqu’il vise à sécuriser les terres de l’islam, protéger les voies de prédication, ou lever une oppression massive, et cela sous l’autorité légitime et non par des initiatives anarchiques.
Ces règles garantissent que la guerre reste une exception, jamais une norme.
2. L’appel à la paix
Le Coran enseigne que la paix est toujours préférable lorsque les conditions de justice et de dignité sont respectées :
« Et s’ils inclinent à la paix, incline vers elle toi aussi, et place ta confiance en Allah. »
(Sourate al-Anfâl, 8:61)
Ainsi, l’épée n’est jamais la première option. L’histoire montre que le Prophète ﷺ a saisi chaque occasion de paix, comme lors du traité de Hudaybiyyah, qui fut un moment décisif ouvrant la voie à la propagation de l’islam par le dialogue et le contact pacifique.
3. La Charte de Médine et les statuts des autres
Dès son arrivée à Médine, le Prophète ﷺ établit la Charte de Médine, considérée comme la première constitution écrite garantissant la coexistence. Elle reconnaissait les droits des musulmans et des non-musulmans (notamment les juifs), établissait la solidarité mutuelle, et organisait la défense commune en cas d’agression.
Cette charte montre que l’islam n’est pas venu abolir la diversité humaine mais à l’harmoniser sous un pacte de justice.
Dans la jurisprudence islamique, les non-musulmans sont classés en plusieurs catégories :
- L’ennemi combattant : contre lequel le combat est permis selon les règles établies.
- Le musta’man (sous protection) : celui qui entre sous la protection des musulmans de manière temporaire.
- Le mu‘âhad (pactisé) : celui qui bénéficie d’un traité de paix avec les musulmans.
- Le dhimmî : non-musulman résidant de façon permanente en terre d’islam, bénéficiant de la protection de l’État et de la garantie de ses droits en échange d’un impôt symbolique (jizya) qui les exonérait du service militaire.
Ces statuts ont permis, tout au long de l’histoire islamique, d’assurer la sécurité et la coexistence des différentes communautés religieuses.
4. Le dialogue interreligieux et l’exemple andalou
Le Coran ordonne de dialoguer avec les autres communautés dans le respect et la sagesse :
« Et discutez avec les gens du Livre que de la meilleure façon, sauf avec ceux d’entre eux qui sont injustes. »
(Sourate al-‘Ankabût, 29:46)
Cet esprit s’est traduit historiquement par des sociétés musulmanes où la diversité religieuse fut préservée. L’Andalousie musulmane demeure un symbole éclatant de ce vivre-ensemble. Juifs, chrétiens et musulmans y ont cohabité, partagé le savoir, bâti des institutions, et participé ensemble à une efflorescence culturelle et scientifique unique dans l’histoire.
De même, en Orient, les chrétiens de Syrie, d’Irak et d’Égypte ont continué à exister et à pratiquer librement leur religion sous la protection des califats.
5. La justice dans le conflit
La justice est l’âme de la coexistence. Allah dit :
« Ô vous qui avez cru ! Soyez fermes dans l’équité, témoins pour Allah, même contre vous-mêmes, vos parents ou vos proches. »
(Sourate an-Nisâ’, 4:135)
Même en état de guerre, le musulman doit rester équitable. Le Prophète ﷺ interdit l’humiliation des prisonniers et recommanda de bien les traiter. L’histoire rapporte que, lors de la bataille de Badr, certains prisonniers reçurent une nourriture meilleure que celle donnée aux compagnons qui les gardaient.
Ainsi, la justice n’est pas suspendue en temps de conflit, elle devient au contraire le critère de la véritable foi.
Conclusion
L’islam a établi une éthique de la guerre et de la paix qui reste d’une pertinence intemporelle :
- La guerre n’est autorisée que dans un cadre défensif ou pour repousser une oppression manifeste.
- La paix est toujours prioritaire.
- Les droits des autres confessions sont garantis par la loi islamique.
- Le dialogue interreligieux est un devoir spirituel et intellectuel.
- La justice doit régner, même au cœur du conflit.
L’histoire de l’Andalousie, la Charte de Médine et les pratiques des premiers califats montrent que l’islam a toujours porté le flambeau de la coexistence et de la protection des minorités.
Celui qui médite ces enseignements voit dans le Coran non pas un livre ancien, mais une lumière vivante qui répond aux défis contemporains. Et celui qui s’en imprègne construit une foi consciente, éclairée et agissante, devenant un témoin de miséricorde dans un monde troublé.
Une invitation pratique : revenir au Coran dans nos rapports sociaux et interculturels
Les enseignements coraniques ne sont pas destinés à rester enfermés dans les livres, mais à irriguer la vie quotidienne des musulmans. Dans un monde marqué par les conflits identitaires, les tensions interculturelles et l’exacerbation des différences, il est urgent pour la communauté musulmane de redécouvrir la sagesse du Coran comme boussole.
Revenir au Coran signifie :
- Adopter la justice comme principe universel : traiter chaque être humain avec équité, même lorsqu’il est différent dans sa foi ou sa culture, car Allah a interdit l’injustice en toutes circonstances.
- Faire de la paix une priorité active : chercher à désamorcer les conflits, préférer la réconciliation à la rupture, et être porteur d’apaisement dans nos familles, nos quartiers, nos sociétés.
- Valoriser le dialogue et l’échange : à l’image du Prophète ﷺ qui dialoguait avec les juifs, les chrétiens et même avec ses adversaires, les musulmans d’aujourd’hui doivent témoigner de leur foi non par l’agressivité, mais par la sagesse et la bienveillance.
Le Coran nous rappelle :
« Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des peuples et des tribus, pour que vous vous connaissiez. Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux. »
(Sourate al-Hujurât, 49:13)
Ce verset est une invitation permanente à voir dans la diversité humaine un signe d’Allah et non une menace.
En revenant au Coran, le musulman construit une foi consciente et éclairée, qui nourrit en lui une identité solide tout en l’ouvrant à la coexistence pacifique et au respect de l’autre. Il devient alors un acteur de miséricorde et de justice dans la société où il vit.
